Robert Johnson , la légende du «Crossroad»

Written by on 18 mai 2016

C’est une légende qui a marqué le blues en son époque et qui est encore présente à travers l’expression « sex, drugs & rock ‘n roll ». Essayons de voir pourquoi !

On n’en sait très peu sur lui. Son talent exceptionnel et sa mort à 27 ans ont en fait une des premières légendes du blues. Il est né dans le delta du Mississipi, d’où est également sorti Son House, R.L Burnside, Charley Patton, Bukka White, Skip James, Muddy Waters, Howlin’ Wolf et tant d’autres.

Ces mecs, toujours issus de familles très pauvres, généralement travailleurs dans les champs de coton ont écrit l’histoire de la musique à l’aide de leur guitare acoustique et de textes poignants exprimés comme une longue plainte. Robert Johnson est l’un des plus talentueux de ceux-là. Sa qualité d’écriture est hors du commun. Il avait d’ailleurs tous les talents : grand chanteur, grand guitariste (il a influencé Hendrix, Clapton, Green … et tout artiste prétendant jouer du Blues ) et grand parolier.

Gamin, il suivait partout le bluesman Son House et essayait vainement de le copier, ce qui agaçait Son House, qui fini par le chasser. Quelques mois plus tard, Son House le rencontra de nouveau, et la technique de Johnson s’était élevée à un niveau miraculeux. On ne sait pas ce qui s’est passé pendant ces quelques mois.

La légende veut que Son House ait évoqué un « pacte avec le diable » expliquant ce progrès incroyable. Il faut savoir qu’à l’époque le vaudou est encore très présent dans la région du Delta. Profitant de cela, Robert Johnson va intentionnellement créer sa légende.

Il raconta alors cette histoire : Un soir très sombre alors qu’il se promenait dans les alentours de Rosedale, Mississipi, il se perdit à un carrefour (crossroads). Alors qu’il commençait à s’endormir une brise fraîche le réveilla. Il vit au dessus de lui une ombre immense avec un long chapeau. Effrayé, ne pouvant dévisager cette apparition Johnson resta comme paralysé. Sans un mot l’apparition se pencha, prit sa guitare, l’accorda, joua quelques notes divines avant de lui rendre l’instrument après que Johnson ait accepté de lui donner son âme en échange.

Nous retrouverons cette histoire, avec un ton plus dramatique dans la chanson « Cross Road Blues », rendu célébre par la reprise de Cream en 1969.

Robert Johnson devint donc très célèbre et sa légende fit d’abord le tour du Delta avant de parcourir tous les États-Unis. Johnson était également plutôt beau garçon ce qui lui valu de connaître plusieurs aventures (il se maria très jeune, avec plusieurs femmes). Mais c’était plutôt un coureur de jupons, du genre à filer par la fenêtre quand le mari revenait à la maison. Il fut repéré et commença à enregistrer ses propres compositions.

Lorsqu’il jouait dans la rue pour se faire de l’argent ou dans les bars, il jouait ce qu’on lui demandait de jouer. Lors des séances d’enregistrements il se mettait face au mur, intimidé par les producteurs! (la légende voudrait qu’il se mette face au mur pour que l’on ne voit pas son jeu de guitare).

C’est vers le milieu des années 30’ que Johnson enregistre un de ses premiers disque «Terraplane Blues» qui devient rapidement un grand succès. Malheureusement (ou heureusement?) Johnson n’aura laissé que 29 titres, 3 photos (et 3 tombes!)

Nous lui devons des standards tel que «Sweet home Chicago», «Travelling Riverside blues» rendu célébre par les Led Zeppelin, «Love in Vain» repris par les Rolling Stones, «I believe I’ll Dust my Broom», «Me & the Devil Blues» … et tant d’autres. Johnson a influencé plusieurs génération de musiciens….Nous l’avons bien vu, Cream, Rolling Stones, Led Zep, mais également les Allman Brothers, Lynyrd Skynyrd, Red hot Chili Peppers et .. White Stripes.

Il est mort dans des circonstances mystérieuses. Son entourage pense qu’il a été empoisonné, après avoir bu dans une bouteille de whisky qu’on lui a offerte (la légende veut que ce soit un mari jaloux) qui avait déjà été ouverte et malgré les recommandations de son pote et future légende du blues, Sonny Boy Williamson II. Une autre version veut que Robert Johnson ait succombé à la syphillis.

Toujours est-il qu’il est le premier de ces artistes maudits morts à 27 ans. Je pense notamment à Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison, Brian Jones et Kurt Cobain, tous ou presque décédés dans des circonstances mystérieuses. Cela laisse songeur, non ?

Vendre son âme au diable pour atteindre des sommets de beauté musicale et, surtout, devenir célèbre, ça ne vous fait pas penser au fameux « sex, drugs & rock ‘n roll », la débauche, la consommation excessive de drogues pour atteindre les « portes de la perception » (« The Doors of Perception », titre d’un livre de Huxley, d’où Jim Morrison a tiré le nom de son groupe).

Le « mode de vie » des rockeurs est né avec cette légende. Il faut vendre son âme au diable, céder à la tentation pour connaître le succès.
Le blues n’a pas influencé le rock ‘n roll puis le rock et tous ses dérivés uniquement avec ses riffs de guitare, mais aussi avec ses légendes et particulièrement celle de Robert Johnson.

Eric Clapton a déclaré un jour qu’il a mis du temps avant de se réclamer héritier de R. Johnson. Pourquoi ?
« Il m’effrayait. »

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