Skip James parmi les bluesmen oubliés

Written by on 18 mai 2016

Aussi incroyable à la guitare qu’au chant, ce musicien à la voix d’ange a croupi dans l’anonymat la majeure partie de sa vie.

Il fait partie de ces Bluesmen que l’histoire a éclos au grand jour que lorsqu’ils étaient sur le point de disparaitre. (en effet, Skip James fut re-découvert 5 ans avant sa mort).
Skip James, est devenu au cours des années 60’ l’un des artistes Blues les plus influents, avec son style vocal unique et un jeu de guitare très individuel (un courant à lui tout seul, le Bentonia Blues).

Toute la légende de Skip James tient sur la poignée de 78 tours qu’il a enregistré pour le label Paramount en 1931.
Né Néhémie Curtis James a Bentonia dans le Mississippi, Skip James a grandi dans la propriété des Whitehead (Propriétaires terrien immensément riche, grâce aux plantation de Coton, tabac et mais).

James a été séduit par le blues après avoir entendu le guitariste Henry Stuckey jouant dans les rues de Bentonia. Il a appris tout seul la guitare et le piano, en prenant quelques leçons auprès de Stuckey (qui en passant était son voisin dans la plantation).

Skip James avait la réputation d’être un bluesman paresseux, jouant de la musique quand l’envie le prend, souvent en duo avec Stuckey lors des fêtes dans la plantation ou le village. Tout au long des années 1920, James a travaillé comme main d’ouvre en construisant des digues, dans les camps de bûcherons, ou en effectuant tout autre travail éreintant, entre Mississippi et Texas, mais il a fait la plupart de son argent comme contrebandier (comme papa James) d’alcool sous la protection de la famille Whitehead.

C’est a Jackson, Mississippi que Skip James fit sa première rencontre avec le «découvreur de Talents» H.C Speir qui lui a dégoté une session d’enregistrement avec le label Paramount en 1931. Skip James a enregistré 26 titres en deux jours.

Parmi eux figurent quelques morceaux des plus émotionnellement puissants et les plus frappants que le Blues ne pourra plus jamais entendre à savoir: «Crow Jane», «I’m so Glad» et les deux énigmatiques «Devil Got My Woman» et «Hard Time Killing Floor Blues». En Solo, Skip James a joué de la guitare et du Piano sur ces deux jours de sessions tel un spectacle classique.

Pour anecdote, James était mieux connu sous l’appellation «Skippy» par chez lui, mais le représentant de la Paramount a étiquetés a tort les enregistrements de James comme «Skip James» et c’est comme ceci qu’il est entré dans l’histoire.

Malheureusement, avec l’impact de la crise qui affecte l’économie US au sortir de 1929 (on est en 1931) et l’appauvrissement total dans tout le sud rural, les enregistrements de James n’ont pas été vendu en quantités importantes (ce qui fait leur rareté historique) il eu a peine $ 40 pour la totalité de ses enregistrements.. et pour ajouter a sa malchance, la Paramount fait faillite en 1935.

Skip James, toujours pauvre, et n’ayant jamais espéré vivre de sa musique, s’en retourne au Mississippi ou il deviendra Prédicateur Baptiste en 1932, puis Pasteur Méthodiste en 1942 … n’ayant pas sa propre église, Skip James étais un «Hobo» sillonnant les routes du sud avant de retourner a Bentonia.

Il n’a plus joué de musique depuis son ordination en 1932! (ou selon certain de façon sporadique jusqu’aux années 50’). Plus instruits que la plupart de ses pairs, (ayant grandi dans des circonstances légèrement meilleurs en raison de la position de sa mère dans les plantations Whitehead) , Skip James a rarement été associé à d’autres artistes de blues.

Égocentrique, méfiant des femmes, ayant une haute opinion de ses talents de songwriter, sa discrétion, son style de performance presque introverti, James n’était pas en haute estime en tant qu’interprète de juke-joint de même que Charley Patton ou Son House.

Skip James était une personnalité complexe et particulière. Il savait prendre le meilleur de ce qu’il a entendu à partir d’autres bluesmen, mais rarement partagé son matériel avec d’autres.

James dédaignait ouvertement la musique folk des années 1960, et ses convictions religieuses souvent en conflit avec son coté «Mr. Hyde» de buveur, joueur et contrebandier n’arrangeait pas les choses. C’est peut être pour ces raisons la, que skip James a développé a son unique, propre a lui, le «Bentonia Blues» dont l’existence est encore débattue par les chercheurs, musicologues et historiens du Blues.

Dans les années 60’ avec le Folk Boom que connait la jeune génération «Yankee», quelques noms ont été redécouvert, dont celui de Skip James. retrouvé crachant ses poumons dans un hôpital miteux (il était atteint d’un cancer des poumons) par le guitariste John Fahey et son ami Henry «Sunflower» Vestine (futur membre des Canned Heat … comme on l’a vu précédemment ont contribué a la re-découverte de Son House) et l’on convaincu de reprendre une guitare et trainé au Festival Folk de Newport (1ere édition 1964), sa performance étonnante a fini par convaincre le label Vanguard à l’enregistrer.

Il ré-enregistre les 26 tunes de 1931 avec un style inchangé, ce qui laissera perplexe de nombreux admirateurs arguant qu’il n’avais pas tenu un manche de guitare depuis quasiment 30 ans!!
Skip James a été «programmé» deux ans plus tard pour le même festival tellement il avait laissé tout le monde sur le «cul».

En 1966, le groupe Cream reprend «I’m Glad» ce qui permis a Skip James d’avoir une manne financière mineure … partie en soins médicaux ..
Il participera une dernière fois au Festival Folk de Newport en 1967, après cet épisode, Skip James s’en retourna a son anonymat, s’éteignant 2 ans plus tard, emporté par le cancer dans une relative indifférence, il décéda le 3 Octobre 1969. On dit que ce sont ses amis de Bentonia qui se sont cotisé pour payer ses funérailles …

Je vous propose dans cette video prise au Festival Folk de Newport 1966 (2nd Edition) l’excellent «Devil Got My Woman» avec des paroles décapantes: «Je préfèrerais être le diable/ que l’homme de cette femme/ Parce que personne d’autre que le diable/ n’a influencé l’âme de ma nana ..»
** Vous remarquerez Mississippi John Hurt debout au fond avec un chapeau et Howlin’ Wolf debout avec chemise blanche accoudé au comptoir.
** Pour plus d’informations, je vous conseille l’excellente biographie «I’de Rather Be The Devil» écrite par l’historien Stephen Colt.

C’est l’un des plus grands artistes que le blues ai connu, de par sa notoriété et l’influence qu’il eut sur ses successeurs. Son style rythmique hypnotique marqué souvent avec le pied a fait de lui un des précurseurs du rock’n’roll; son chant aux paroles souvent improvisées et composées de jeux de questions-réponses est unaniment connu et difficilement imitable.

John Lee Hooker fut Influencé par les spirituals mais aussi par deux grands Bluesman: Blind Lemon Jefferson et Blind Blake et il fût lui aussi une source d’influence auprès du British Boom (Korner, Mayall, Stones, Clapton …) et il contribua à lancer la carrière d’un certain Bob Dylan qui assurait ses premières parties au début des années soixante.

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